Edito

4 mai 2012

Edito : Le 29 Mars 1947 dites-vous ?

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Written by: R Jocelyn
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29MARS

Ces derniers temps, quand on tape le mot Madagascar sur un moteur de recherche, on ne manque pas de tomber sur les articles de presse concernant un couple de français tués à Madagascar, avec les circonstances relatées et le feuilleton suivi heure après heure.

Dans le même temps, on a beau s’y attendre, on a beau en avoir l’habitude, on s’étonne toujours de ne rien trouver en France métropolitaine, ni dans les grands médias, ni même dans les petits d’ailleurs, encore moins dans la bouche des responsables politiques, une seule ligne sur le 65e anniversaire des évènements de 1947, ce 29 mars où l’Armée coloniale a réprimé dans le sang la révolte des patriotes malgaches, faisant entre 11 000 et 100 000 morts, chiffres discutés selon les historiens.

Les seules informations nouvelles, version 2012 seraient que l’ouverture des archives a été demandée, mais on imagine qu’en 50 ans d’indépendance, ce n’est pas la première fois qu’une telle démarche est entreprise. Et ce serait encore plus étonnant qu’aujourd’hui un gouvernement malgache de transition puisse l’obtenir d’un gouvernement français en fin d’exercice.

Amnésie collective ?

Le fait de ne jamais en parler, ou de ne présenter ne serait-ce qu’une petite pensée, à défaut d’excuses comme les responsables de l’Etat savent faire envers d’autres nations ou à d’autres peuples a quelque chose de choquant. Cette « ignorance » interpelle, interroge. Ces massacres de malgaches sont-ils considérés comme un vrai « détail de l’histoire » ? Un bout d’histoire qui dérange et que l’on occulte volontairement ? Ou alors simplement un passé peu glorieux pour lequel il n’y a aucun intérêt futur (ni économique ni politique) pour la France d’en tenir compte. Ou encore,  les malgaches sont toujours trop «dociles», comme dans le temps, et que donc ça ne risque pas de faire des vagues.

Dans « Combat », le 10 mai 1947, Albert Camus écrivit : « Si des Français apprennent sans révolte les méthodes que d’autres français utilisent parfois contre des Algériens ou des Malgaches, c’est qu’ils vivent, de manière inconsciente, sur la certitude que nous sommes, en quelque manière, supérieurs à ces peuples et que le choix des moyens propres à illustrer cette supériorité importe peu« . A bon entendeur…

Quant aux médias français, qu’ils montrent habituellement très peu d’intérêt sur les faits politiques et autres à Madagascar peut encore se comprendre, le sensationnel étant le moteur du moindre reportage, comparé à d’autres régions du globe, c’est relativement rare que le sang coule sur les terres malgaches. Un géopoliticien dira que Madagascar est une île pacifique, et que même si elle ne l’était pas, une guerre sur la terre malgache n’aurait pas beaucoup d’impact géopolitique. Autrement dit, les malgaches pourront mourir dans leurs propres frontières sans inquiéter les pays voisins. Dans les années 90, je m’étonnais déjà de voir les medias de France ignorer les Jeux de la Francophonie, ou autres manifestations du même genre, où l’on encense la langue française.

Précisément sur ce rôle de la presse, Serge Halimi, dans le Monde Diplomatique de mars 1997 notait, à propos de la presse française et des massacres coloniaux : « A vrai dire, personne en France ne se souciait de Madagascar. La grande presse ne se réveilla qu’au moment du procès des inculpés malgaches, pour les agonir d’injures« .

Ce peu d’intérêt manifesté par les médias a bien profité aux responsables des abominations en terre malgache. Alors qu’on a bien vu des responsables pétainistes jugés dans les années 2000…

Le devoir de mémoire …

A défaut de pouvoir accéder aux archives, les malgaches ont un devoir de mémoire. On le voit bien aujourd’hui. Qui d’autres sinon ? Mais il nous importe de préciser que l’envie de savoir ne se nourrit pas forcément d’un quelconque sentiment revanchard, que certains ne manqueront pas de souligner, mais bien pour éclairer les esprits et rétablir ce qu’il faut l’être dans l’histoire de Madagascar. Comment il a été opprimé, manipulé ou simplement façonné…

Au voir dans quel état est notre pays aujourd’hui, si nous-mêmes ne nous soucions pas de notre propre histoire, et ne savons pas en tirer les leçons qui s’imposent, c’est que nous aurons tout perdu.

Réfléchir sur ce tournant du passé, sur ce que les autres et nous-mêmes avons fait de notre histoire, décider que notre avenir et notre fierté devraient d’abord se fonder sur nos propres valeurs, non sur celles des autres comme cela nous a été si bien enseigné.

Dans «Le meilleur des mondes» Aldous Huxley écrivit : «Qui contrôle le passé, contrôle l’avenir»… Pour l’heure, qui contrôle quoi ?

                                                                                                         

 






 
 

 
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One Comment


  1. johaanesa

    zah gasy tiko n fireneko noho izan tiko ny tantaran



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