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23 avril 2014

Bilal Tarabey, Madagascar, dahalo

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Written by: Dominique Ranaivoson
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Bila Tarabey signant son livre

Enquête sur les bandits du Grand Sud.

Voilà un petit livre qui est en réalité une petite fusée éclairante dans la littérature de l’Océan Indien. Sous-titré « récit » et signé par un jeune journaliste français d’origine syro-libanaise, il emporte le lecteur dans une aventure à la fois extraordinaire et entièrement vraie sur les traces des voleurs de bœufs qui écument les régions sèches du Sud de Madagascar. Loin des yeux et des préoccupations des responsables politiques, les populations de ces régions, essentiellement des éleveurs, sont prises en tenailles entre divers brigandages.

Groupe de village brulé Bilal Tarabey

En novembre 2012, des villages furent détruits par les gendarmes qui tentaient de capturer les responsables désignés des vols de bovins. Cette violence ne déclencha pourtant que peu de réactions et surtout aucune enquête de terrain, pas même par Amnesty International qui dénonça des faits sans les vérifier. Bilal Tarabey raconte sous la forme d’un carnet de route les trois voyages qu’il effectua en 2012 et 2013 pour rencontrer les témoins et les acteurs de cette affaire qui en masque en réalité d’autres.

Avec une plume aussi acérée que son œil (puisqu’il est aussi photographe), il croque les portraits des paysans, des gendarmes, des hôteliers, des responsables locaux qu’il rencontre au fil de pérégrinations qui justifieraient à elles seules le récit. C’est vif et drôle quand il se dépeint dans un univers inconnu, passionnant et inquiétant quand il transcrit fidèlement les conversations qui résonnent comme des dépositions ou des complaintes. Sur le mode du micro tendu (il est aussi reporter), il juxtapose les séquences, ne commente ni n’interprète les analyses contradictoires ou les postures suspectes, laissant le lecteur tenter –en vain- de comprendre le fin mot d’une enquête impossible à achever.

Paysan estropié Bilal Tarabey

A l’issue de la traversée des savanes ou des rizières, l’écho de toutes ces voix monte comme le chœur des oubliés de ce Grand Sud connu pour ses famines et sa violence. Les personnages entrevus, à la fois victimes et acteurs dans ce vaste et complexe engrenage d’affaires louches, disparaissent. Non, pas tout à fait. Grâce à cet intrépide (et un peu inconscient) reporter, eux et leur région, seront vus, l’instant de la lecture, par le monde entier. C’est justice.

Dominique Ranaivoson

 

Extraits de Madagascar dahalo, de Bilal Tarabey

“16 février 2013.

Betroka. La lumière du jour est grise. La pluie tombe toujours. Balaie la place centrale. Quelques taxis-brousse font chauffer leurs moteurs dans la boue. Près d’eux, des gargotes en bois collées les unes aux autres. Elles proposent toutes la même chose : du café. L’adolescent qui balaie la terrasse rigole. » (p.111).

« Le colonel X s’interrompt. Il laisse passer quelques instants. Regarde vers la fenêtre, qui donne sur le mur d’enceinte de la prison.

« Ce qui m’a frappé le plus, c’est qu’on veut accuser à tort et à travers les Bara zadindravala d’être les seuls voleurs de bovidés. Ce n’est pas vrai. Accuser les Bara d’être des voleurs, c’est de notoriété publique. Ça remonte à une époque d’avant, où ils étaient considérés comme des voleurs de zébus traditionnels. Avant, les dahalo laissaient leur butin et s’enfuyaient. Aujourd’hui, ils résistent avec les mêmes armes que nous. Mais pendant l’opération, nous n’avons eu aucun accrochage avec les dahalo. Dans les journaux, on lit qu’il y a eu 50 ou 60 dahalo tués, mais il n’y a jamais eu aucune preuve formelle. Ni identification, ni photos. A la fin seulement, le 6 décembre 2012 à) 15 heures, il y a eu un accrochage avec mon unité. Moi je n’y étais pas, j’étais déjà en prison. En fait, l’opération Tandroka a duré du 9 septembre 2012 au 6 décembre 2012. J’ai été incarcéré le 26 novembre. Depuis, je suis là. » […] Le militaire-prisonnier rallume une cigarette. Prend le temps de souffler la première bouffée. Avec un sourire. » (p.127).






 
 

 
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One Comment


  1. Ady gasy (à la malagasy)

    merci du travail d’investigation -sur un terrain à haut risque -… et des belles photos 🙂



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